Entretien

Alice THIRIET, directrice de la communication et administratrice d’IDEA Groupe

Acteur clé du territoire, le logisticien IDEA fête ses 100 ans.

LB - 28 septembre 2019
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En 100 ans, quel chemin a parcouru IDEA ?

IDEA est originaire du port de Montoir. Au départ, c’était une société coopérative, avec une activité de décharge des navires. Au fil du temps, elle s’est adaptée aux activités de logistique industrielle. 

Aujourd’hui, on intervient sur l’ensemble de la chaîne logistique, du déchargement de navires à la logistique in situ dans les usines de nos clients. Par exemple, on travaille chez Airbus. On va jusqu’à préparer les petites mallettes de vis que l’on apporte en bord de chaîne. On travaille aussi sur nos propres plateformes sur lesquelles on stocke, réalise de l’emballage et du conditionnement. 

Notre cœur de métier, ce sont les opérations de logistique pure, de production. Par exemple la découpe de tubes, la mise en peinture, comme pour Man. On a d’ailleurs investi avec eux dans une cabine sur notre site pour leur permettre de mettre en peinture leurs moteurs.

Quelle est votre positionnement aujourd’hui ?

Nous voulons décharger les industriels des contraintes liées à la production pour qu’ils se recentrent sur leur cœur de métier. L’aéronautique, la défense, la navale et le vrac sont aujourd’hui nos gros marchés.

Nous nous positionnons sur les produits spécifiques et sensibles, soit parce que ce sont de très gros volumes, comme un tronçon d’Airbus par exemple, soit parce qu’ils ont une très forte valeur ajoutée.

Quelles sont vos clés de réussite ? 

Nous avons assez peu de concurrents sur l’ensemble de notre offre. Et nous sommes un groupe indépendant : il n’y a pas d’actionnaires extérieurs. 

Notre valeur la plus différenciante, c’est l’approche collaborative, le co-entreprendre. Nous sommes très ouverts et travaillons beaucoup avec notre écosystème. Nous co-construisons avec nos sites, nos clients et les acteurs du territoire, les start-up, l’IRT Jules Verne… On souhaite aussi mettre en lumière des partenaires avec lesquels on travaille.

Ce qui fait la différence, enfin, c’est notre engagement. On est souvent sur des contrats de longue durée, minimum trois ans et globalement plutôt autour de cinq. C’est aussi pour ça que nos plans stratégiques sont sur cinq ans.

Dans votre stratégie justement, vous avez placé l’innovation au cœur de vos actions. Comment l’abordez­-vous ?

Nous avons une approche assez différente de nos concurrents, avec un état d’esprit à la startupper : on n’a pas peur de l’échec. On se dit que ça peut arriver, on essaie et si on se trompe, on apprend. 

Depuis à peine un an, on a une direction de l’innovation, mais qui n’est pas une R&D. On teste par exemple de nouveaux marchés. On est ainsi actionnaires de Systovi, une entreprise qui fait des panneaux photovoltaïques. Nous avons également une filiale de robinetterie industrielle qui réalise toutes ses ventes sur internet. On apprend d’elle. 

Nous menons également pas mal de réflexions de prototypage sur des problématiques logistiques. C’est aussi une manière de réfléchir sur les flux. On l’a fait sur notre site à côté de l’aéroport. On était convaincu que la robotisation et l’automatisation pouvaient apporter un plus à nos collaborateurs et à nos clients. On a fait un test avec une start-up,
on l’a mis en place chez nous et un jour Airbus, venu
pour tout autre chose, nous a demandé de faire la même chose in situ. Aujourd’hui, ils ont les mêmes robots dans leur usine. 

Vous fêtez vos 100 ans. Comment voyez-vous l’avenir ?

Notre objectif demain, c’est de pérenniser nos activités tout en prenant en compte l’évolution de la planète. On mène par exemple toute une réflexion autour de la logistique inversée et la gestion du cycle de vie produit, qui s’intègre dans notre démarche RSE. Une fois qu’un produit est périmé, qu’est-ce qu’on en fait ? Comment fait-on pour ne pas le jeter, le revaloriser ? 

Nous sommes l’un des premiers logisticiens à avoir le label « Engagé RSE » (ex-AFAQ 26000) au niveau 3 sur 4, donc confirmé. On a lancé au départ cette démarche au niveau de la holding. On l’a ensuite élargie au pôle transport pour prouver qu’il pouvait aussi être responsable et vertueux. Et cette année on a décidé de mettre l’ensemble du groupe en ordre de marche sur cette démarche RSE. L’ensemble des filiales du groupe est désormais « Engagé RSE » niveau 3.

Et le numérique ?

La data va être stratégique, bien sûr. Les données d’une supply-chain sont une mine d’or pour optimiser le pilotage des activités, améliorer l’efficacité, gagner en robustesse et réduire les coûts. On réfléchit à la meilleure façon de gérer la donnée de nos clients, de leurs fournisseurs, la nôtre, pour pouvoir anticiper et éviter des incidents, des ruptures de charges… et ainsi aider nos clients dans leur prise de décision.

Le numérique transforme l’économie. On sait que si on ne prend pas ce virage du digital, on sera mort demain. Le sujet, c’est de savoir comment on l’intègre, tout en pérennisant les emplois, diminuant la pénibilité et en apportant de la valeur ajoutée à nos clients. Le digital sans humain, on sait que cela ne fonctionne pas.

À part le digital, quels sont vos principaux enjeux aujourd’hui ?

Dans un monde en perpétuelle évolution, un de nos enjeux est de rester agile tout en gagnant en robustesse, qualité clé dans nos métiers.  Nous devons également améliorer notre capacité à travailler de manière collaborative, même quand les contraintes du quotidien restent fortes.
Le co-entreprendre est l’une des forces du groupe qui nous permet d’être là où nous en sommes 100 ans plus tard. 

Nous avons d’ailleurs initié une réflexion sur la raison d’être d’IDEA. C’est une priorité pour nous car cette raison d’être sera déterminante pour répondre à tous nos enjeux avec une vraie cohérence globale.

Propos recueillis par Laëtitia Blanchard