Ces biotech de l’Ouest engagées contre le Covid

Le hub d’innovation Atlanpole organise chaque mois une réunion de chefs d’entreprise autour d’un thème. Le 11 juin, lors d’un webinaire, des dirigeants de la biotech, membres d’Atlanpole biothérapies, ont évoqué expériences et avancées. Morceaux choisis.

Julie Cateau - 19 juin 2020
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UN FUTUR TRAITEMENT XENOTHERA ? 

La société créée à Nantes en 2014 avait lancé un programme coronavirus après les épidémies de Sras et Mers*. « Nous savions que les sociétés occidentales risquaient d’être affectées par une pandémie », explique Odile Duvaux sa présidente. Mais après des difficultés avec l’institut Pasteur, la société a mis ces recherches de côté pour se concentrer sur des produits 
pharmaceutiques. « Avec le retour d’un coronavirus en janvier, on s’est remis sur le dossier, avec des contacts à Hong Kong. »  Leur projet ? Un traitement à base d’anticorps polyclonaux protecteurs, similaires à la réponse naturelle de l’homme. « C’était une grosse prise de risque. Avec des questionnements sur comment investir, sur quoi, pour combien de temps… 
Est-ce qu’on arrivera après la bataille ? », expose Odile Duvaux. La biotech de seulement huit personnes avait lancé fin mars un appel aux dons qui lui a permis de récolter 112 000 €. Elle a également obtenu 200 000€ de la Région et le même montant de Nantes Métropole. Cerise sur le gâteau, Xenothera vient de recevoir le soutien de l’État à hauteur de 2,3M€ via Bpifrance ainsi qu’une subvention de 2,1 M€ de l’Union européenne et une levée de fonds de 2,8 M€ de ses actionnaires.

Avec ces soutiens, la société va lancer un premier essai clinique fin juin. Il devrait être effectué auprès de 350 patients, «une opération plus compliquée aujourd’hui puisqu’il y a moins de patients». 

LES TESTS SÉROLOGIQUES DE NG BIOTECH 

NG Biotech est une start-up créée en 2012 et basée à Guipry, au sud de l’Ile-et-Vilaine. Elle est spécialisée dans la mise au point de tests rapides d’antibiorésistances. « En 2014, nous avions conçu un test de grossesse à partir d’une goutte de sang prélevée sur le doigt. Nous avons transposé cette technologie pour la sérologie du Covid », explique le docteur Alain Calvo. Le résultat est obtenu en quinze minutes. Il est réputé plus fiable que les tests PCR issus de prélèvements dans les narines. Ce test a obtenu la marque CE fin mars, puis a été évalué par l’AP-HP et l’Institut Pasteur. Le médecin souligne la réactivité de la structure : « Nous étions 34 avant le Covid, 90 aujourd’hui. Nous avons réussi à monter une nouvelle unité de production (dans le Maine-et-Loire , NDLR),  en quelques semaines pour fabriquer plusieurs millions de tests par mois. » NG Biotech tourne en ce moment à 1,5-2 millions de tests fabriqués par mois et vise les 4 millions d’ici à la fin de l’année. Les commandes viennent de la direction générale de la Santé, de la direction générale de l’Armée, de l’AP-HP. Aujourd’hui, NG Biotech planche sur la mise au point d’un test salivaire.

EUROFINS : DÉTECTER LE VIRUS SUR LES SURFACES

À Nantes, la société leader mondial de la bioanalyse, Eurofins, a déployé, non sans difficulté du fait des mesures de confinement, ses 800 laboratoires pour répondre aux nouveaux besoins nés avec l’épidémie de Covid-19. La société a travaillé sur plusieurs aspects : les tests sur les humains ; la détection du virus sur les surfaces pour des secteurs demandeurs tels les transports, l’hôtellerie et la restauration ; le génotypage du Covid pour les chercheurs ou encore sur un test des eaux sales. « Notre avantage n’était pas tant notre taille mais surtout la structure de l’actionnariat avec un actionnaire principal (l’actionnaire majoritaire est la famille Martin, fondatrice de l’entreprise, NDLR). Cela nous a permis de décider très vite  d’investir ou pas », estime son directeur général François Vigneau.

VALNEVA ESPÈRE VACCINER

Une centaine de projets de vaccins contre le Covid-19 sont en cours dans le monde. Parmi eux, celui de l’entreprise Valneva, basée à Saint-Herblain et spécialisée dans les maladies du voyage (choléra, encéphalique japonaise, maladie de lyme…). Valneva travaille sur un vaccin inactivé ( dont les agents infectieux ont été tués ) depuis avril. Un lot clinique va être produit en Écosse dans quelques semaines. « Si tout se passe bien, nous visons une mise à disposition pour mi-2021 », explique son président directeur général Franck Grimaud. Avec des enjeux importants : « La sélectivité forte dans le domaine des vaccins entre les différents projets mais aussi le manufacturing. Il va falloir produire plusieurs milliards de doses. C’est un  enjeu industriel énorme. Les décisions d’investissement doivent être faites maintenant sans bien savoir si nous allons en avoir besoin, avec quelle récurrence… », détaille le PDG. L’enjeu financier est immense : un investissement pour un vaccin dans un « environnement classique » s’élève de 500 M€ à 1 Md€. « Aucun industriel ne voudra prendre un tel risque, estime Franck Grimaud. Nous ne savons pas à qui nous adresser : niveau national ? Européen ? Il est urgent que l’Union européenne s’organise pour que nous ayons un seul organisme comme c’est le cas aux États-Unis. » Le PDG anticipe des batailles futures sur ces questions d’approvisionnement. « Valneva est dans la course, de la recherche à la production, mais s’il y a un risque de mise en danger de l’entreprise, sans soutien pour l’industrialisation et sans précommande, alors nous resterons l’arme au pied », prévient-il. 

*Le Sras est apparu en 2002 en Chine et s’est répandu partout dans le monde. Le Mers, lui, est apparu en 2012 et s’est surtout retrouvé au Moyen-Orient.