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Développement international – « Vous êtes des explorateurs »

Quel parallèle entre un aventurier de l’extrême et des chefs d’entreprise en quête de développement international ? L’International Ouest Club (1) recevait l’explorateur scientifique Stéphane Lévin pour une conférence, le 12 décembre, à la CCI Nantes St-Nazaire.

SA - 27 décembre 2019
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« Mon histoire, c’est votre histoire. Il ne faut jamais abandonner, même si on prend des baffes. Cela vaut le coup de se battre », a lancé Stéphane Lévin aux chefs d’entreprise réunis à la CCI Nantes St-Nazaire. © I.J

En cherchant à vous développer à l’international, vous êtes tous des explorateurs. » Devant près d’une centaine de chefs d’entreprise, Stéphane Lévin plante d’emblée le décor des correspondances. Durant une heure et demie, l’aventurier remonte le fil de son parcours exceptionnel et de ses expériences extrêmes. Notamment cette expédition, en 2002, dans le grand nord cana­dien(2) : seul avec deux chiens, l’homme passe 121 jours dans l’obscurité de la nuit polaire, affrontant des températures de -40°C dans sa cabane en bois tandis que le thermomètre dévisse jusqu’à -80°C à l’extérieur.

Une mission qui donnera lieu à des études scientifiques sur les réactions de l’organisme en conditions extrêmes, et qui a nécessité une préparation « stakhanoviste » de dix-huit mois, « afin d’être prêt ». « J’ai fait du repérage durant des mois pour analyser et comprendre le milieu. Comme vous à l’international, la préparation et l’anticipation sont les clés du succès », lance-t-il à l’assistance. Il lui a fallu d’abord connaître l’ours polaire – « qui pouvait décider de faire de moi son petit-déjeuner » – comme les entrepreneurs doivent « comprendre la concurrence, ses points forts et ses points faibles avant de se lancer ».

Audace et gestion des risques

Gérer son stress, s’adapter en permanence aussi, faire preuve « d’agilité », comme lorsque Stéphane Lévin lance un « chantier pharaonique » en entourant sa cabane de blocs de glace pour l’isoler du froid extrême : « J’ai transformé une contrainte en opportunité. Pour s’adapter, il faut se battre, tenter l’inédit, oser », assène-t-il aux entrepreneurs de l’ouest.

Le parallèle se poursuit avec la gestion des risques : l’explo­rateur raconte avoir contracté une gelure en enlevant ses moufles « durant moins d’une minute » afin de reconnecter son éolienne : « Chaque fois que j’ai rompu un protocole de sécurité, j’ai mis ma vie en danger. »

Au sortir de cette expérience hors-normes d’ «oursisation », Stéphane Lévin vit un « retour compliqué parmi les humains » et se retrouve sans projet. Il se lance alors comme photographe pour des agences spatiales souhaitant illustrer les conséquences du changement climatique en milieu extrême : « Pour réussir à nouveau, il faut prendre des initiatives, se réinventer. Il m’a fallu penser comme un entrepreneur et organiser mon changement. » Du pôle Nord à l’Amazonie, il approche les ours polaires sur la banquise en fonte accélérée, rencontre les peuples indiens soumis à une déforestation ravageuse.

« Vous prendrez des baffes »

Persévérance et patience, les deux vertus sont encore préconisées par l’aventurier, à l’aune de son programme « Voyageurs des sciences » : de 2006 à 2008, contre l’avis de l’Éducation nationale, il réussit le pari un peu fou d’emmener des groupes de six lycéens, préparés durant quatre mois, dans des expéditions en Arctique, dans le désert saharien ou encore au cœur de la forêt guyanaise. « Je me suis heurté au départ à un mur énorme, on me disait que je n’aurais jamais les autorisations ni les fonds. Vous n’irez pas dans un pays à l’export sans avoir tous les feux verts, sans sécuriser l’investissement. Il y aura des complications, des retards… J’ai pris
des baffes, vous en prendrez aussi, mais le pire échec est de ne pas avoir essayé. »

Il met en garde : « Si les conditions ne sont pas au top, je préfère reporter le projet. » Et d’interroger les entrepreneurs sur leur expérience internationale : « Qui a déjà rencontré le margoulin qui tourne autour de vous en prétendant tout connaître et avoir tout le réseau pour les autorisations, afin d’en tirer monnaie sonnante ? » De nombreux bras se lèvent. « Eh oui, faites attention, il faut gérer ça tout seul, sinon ça peut faire très mal. »

Fédérer autour de soi

À 56 ans, Stéphane Lévin est déjà reparti sur un nouveau projet de mission scientifique en solitaire, dans le désert du Namib, où il expérimentera cette fois les chaleurs extrêmes (+50°C), avec des applications multidisciplinaires (médecine, énergie, géolocalisation, alimentation, gestion de l’eau…). Deux cents personnes travaillent sur le projet : « Je ne serai jamais un expert, mon rôle est de définir un cap et de fédérer autour de moi. Chaque participant est utile à l’équipe, vous devez en avoir une conscience réelle et active. N’avoir qu’un seul gagnant parmi dix membres, c’est forger neuf perdants », souligne celui qui partage son expérience de vie en animant conférences et sessions de team building.

Stéphane Lévin récolte aujourd’hui les fruits de cet engagement sans faille, puisqu’il vient d’être sollicité par le centre d’entraînement des astronautes européens de Cologne. « L’écosystème spatial considère que mon projet peut servir de de préfiguration des futures bases sur la Lune. » Et l’aventurier de conclure sa leçon de ténacité comme il l’avait commencée : « Mon histoire, c’est votre histoire. Cela vaut le coup de se battre. Il ne faut jamais abandonner, il faut se dépasser, croire en ses rêves et se donner les moyens de les réaliser, avec cœur et passion. »

(1) Animé par la CCI, l’International Ouest Club est un réseau regroupant 150 entreprises actives à l’international.
(2) Cet hivernage en solitaire est raconté dans un best-seller, « Seul dans la nuit polaire ».

Photo : « Mon histoire, c’est votre histoire. Il ne faut jamais abandonner, même si on prend des baffes. Cela vaut le coup de se battre », a lancé Stéphane Lévin aux chefs d’entreprise réunis à la CCI Nantes St-Nazaire. © I.J