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Dos au mur, le CHR met la pression

Dans un vaste mouvement d’union, l’ensemble des représentants du secteur du CHR multiplie les actions de communication afin d’interpeller l’opinion, mais aussi contraindre l’État et différents acteurs économiques à agir à la hauteur des enjeux que constitue la crise.

Nelly Lambert - 29 mai 2020
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Des tasses à café et verres retournés, des vestes de cuisine et toques accrochées à une devanture fermée ou encore des plateaux de petit-déjeuner, des pots de confitures et des corbeilles de pain vides posés à même le sol… Le 27 mai, un peu partout sur le territoire, dans un mouvement unitaire rapidement relayé sur les réseaux sociaux, des cafés, des brasseries, des restaurants et des bars de nuit se sont inscrits dans une vaste opération de communication baptisée « À table ». « C’est une opération symbolique. On n’est pas là pour faire pleurer, mais pour interpeller : les Français ont constaté le manque qu’ils avaient de ne pas aller dans leurs bistrots, leurs restaurants. On se rend compte du rôle social et sociétal que nous jouons », explique Catherine Quérard, présidente du GNI grand Ouest et vice-présidente nationale du GNI.

L’État et les assureurs en ligne de mire

Interpeller l’opinion publique, c’est aussi le rôle dévolu à la tribune publiée ces jours-ci dans la presse nationale, avec cette question : « Il ne vous manque pas quelque chose ? »

« De la crêperie du coin à la brasserie d’angle, ces lieux de vie constituent une part emblématique de notre identité. Ils sont notre patrimoine, des catalyseurs de lien social. Chainons essentiels pour la filière agroalimentaire en crise, fer de lance de notre attractivité mondiale, tant le tourisme est conditionné par la découverte de notre gastronomie et de nos traditions », signe, à travers cette tribune, l’ensemble des acteurs représentatifs du secteur. Pourtant, peut-on lire aussi, et « malgré les efforts des pouvoirs publics pour accom­pagner les professionnels dans cette période de confinement, beaucoup d’établissements n’auront pas les moyens de redé­marrer tant les incertitudes économiques pèsent ». 

Derrière ces opérations de communication, le CHR compte maintenir la pression sur les pouvoirs publics. « En filigrane, on souhaite dire que le plan de relance pour le tourisme annoncé par le gouvernement est un début, mais qu’il n’est pas abouti. On continue de discuter, on ne va rien lâcher », prévient Catherine Querard. Le secteur appelle aussi chacun à prendre ses responsabilités. À l’État, il demande ainsi « une suspension de paiement des charges sociales au moins jusqu’au 
31 décembre 2020 avec un maintien du régime de chômage partiel Covid-19 au moins jusqu’au 31 mars 2021 ». 

Mais les acteurs du CHR attendent aussi au tournant les assu­reurs, accusés depuis le début de la crise de ne pas jouer le jeu, ainsi que les opérateurs de l’énergie et de la téléphonie afin qu’ils prennent « part à l’effort en faisant fonctionner les mécanismes de solidarité nationale pour indemniser les pertes d’exploitation et réduire les charges courantes des professionnels ».

Les collectivités locales et les bailleurs attendus

De leur côté, en pleine période électorale, les collectivités locales sont priées de renoncer cette année « aux taxes de voiries, de terrasses et d’enseignes, pour permettre aux établissements d’augmenter provisoirement leur emprise sur la voie publique et répondre ainsi aux mesures de distanciation physique tout en préservant leur capacité d’accueil. » Saint-Nazaire et Nantes Métropole viennent d’ailleurs de permettre l’extension, voire la création, de terrasses exonérées de taxes.

Enfin, le secteur n’oublie pas les bailleurs, en leur demandant d’une part l’annulation des loyers sur la période de fermeture des établissements et d’autre part leur révision à la baisse, en cohérence avec « l’activité économique réelle pendant la durée des obligations sanitaires ». Le bras de fer n’est pas terminé.

Johann Lehours, 
gérant du Café du commerce, à Nantes 

« On est prêts »

« Cette action a pour but d’alerter l’opinion publique et surtout le gouvernement. On entend l’hypothèse d’une réouverture le 2 juin pour nos établissements et on est encore dans le flou total. On n’a pas spécialement d’inquiétude, mais on aimerait que ce soit enfin officiel.  
J’ai une trentaine de salariés qui m’appellent et pour l’instant je ne sais pas quoi leur dire, s’ils reprennent mardi ou pas. 

On est prêts, on attend juste le protocole officiel et il ne nous fait pas peur : dans le CHR les normes d’hygiène et sanitaires, c’est déjà notre quotidien ! La différence, ce sont les gestes barrières et la distanciation. Dans mon établissement,
 j’ai 250 places en intérieur, plus 320 places en terrasse, mais plutôt que de l’étendre je préfère avoir 150 places bien espacées et tout le temps pleines plutôt que plus, avec le risque de faire peur aux clients. »