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Honorariat – « Plus qu’un métier, une mission » ! Catherine Lesage

La « famille » judiciaire nantaise était réunie le 18 juin à la Maison de l’Avocat, à l’invitation de Catherine Lesage, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Barreau de Nantes, qui marquait à cette occasion son départ à la retraite.

V.G. - 3 juillet 2019
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La personnalité même de Catherine Lesage et son parcours méritent de se pencher plus attentivement sur la carrière de cette brillante avocate nantaise, véritable exemple pour les jeunes qui s’engagent dans la profession.

« Ce métier extraordinaire, plus qu’un métier, est une mission. Chaque jour il faut savoir s’accrocher, il faut savoir combattre, ne jamais renoncer. Il ne faut jamais connaître ses limites. Aller au bout du bout. Car nous sommes avocats et c’est ce qui crée toute la différence », explique celle qui occupera les fonctions de bâtonnier en 2007 et 2008, avec notamment la charge de mener à bien le déménagement de la
Maison de l’Avocat, de la rue Harouys sur l’île de Nantes. 

« Comment être avocat sans s’engager ? Cet engagement est un choix très égoïste j’en conviens », reconnaît-elle, soulignant combien les valeurs de confraternité et la déontologie doivent guider la profession. « Un professeur d’université, professeur de Finances publiques, devenu doyen, n’imagine pas combien il m’a boostée. Me voir aujourd’hui à la commission de contrôle des CARPA*, je n’en reviens toujours pas. » Des mots blessants, l’avocate en a essuyés. « Moi vivant, vous ne sortirez jamais de la faculté et de la troisième année » lui martèle ce fameux professeur. Et quelques années plus tard, le hasard de la vie fait que l’avocate émérite recroise son ancien précepteur. « Lorsque ce doyen prestigieux a décidé de devenir avocat, c’est moi qui ai été désignée pour faire son rapport. J’ai eu la délicatesse de ne pas en rajouter… Et nous avons finalement éclaté de rire », raconte Catherine Lesage.

Une page se tourne

« J’ai signé la décision de notre conseil de l’Ordre qui prenait acte de ta démission de notre barreau pour cause de retraite assortie de l’honorariat. Une page de notre barreau est en train de se tourner », a reconnu mardi soir, l’actuel bâtonnier Bruno Carriou, avant de rappeler le parcours de Catherine Lesage. Collaboratrice du cabinet Rioufol en 1978 et du cabinet Ménard et Quimbert en 1979, elle est élue au conseil de l’Ordre en 1984, élection renouvelée régulièrement. Elle s’engage dans l’organisation à Nantes en 2011 de la Convention Nationale des Avocats (CNA). En 1986, elle s’installe avec son confrère Antoine Orain, rejoint par Roger Page. Élue au bureau national de la CNA*, présidente de la Commission nationale de l’Ordre, elle décide d’ouvrir le barreau de Nantes à l’international, initie le salon Juristia, du livre juridique, et le prix de l’Édit de Nantes délivré par la Ville de Nantes et le partenariat avec la Chambre des notaires et la Faculté. Elle participe activement à la création de la crèche de la Maison de l’Avocat, avant de présider la commission de transfert de la Maison de l’Avocat de la rue Harouys à l’île de Nantes. 

« Cette mission a marqué une étape importante pour l’Ordre des avocats dans la cité. 2006-2009, premier mandat au Conseil national des barreaux, renouvelé de 2009 à 2012, avec des missions importantes tout en étant parallèlement bâtonnier en 2007 et 2008 », rappelle le bâtonnier Bruno Carriou. Catherine Lesage met en place la commission jeune barreau qui permet aux jeunes avocats de moins de cinq ans d’exercice de participer au conseil de l’Ordre avec une voix consultative. Une initiative suivie par d’autres barreaux. Elle devient vice-présidente du Conseil régional de discipline.

« Elle réussit ce que tout le monde estime impossible, ce dernier mot ne faisant d’ailleurs pas partie de son vocabulaire. Pour Catherine, l’élégance est d’abord une question de respect pour celles et ceux qu’elle côtoie. Elle estime aussi qu’il faut tenir son rang au quotidien : elle considère qu’être avocat oblige à chaque instant de la vie à se montrer à la hauteur de son serment. Jamais elle ne transige quand il s’agit de dignité, de conscience, d’indépendance et de probité, et ce, quelles qu’en soient les conséquences. Mais c’est son humanité qui caractérise Catherine. Elle a une passion pour ses prochains et pour ce qu’ils sont vraiment, toujours curieuse de découvrir les personnalités qu’elle rencontre, au-delà des apparences », dit d’elle Antoine Orain, son associé durant 38 ans, soulignant au passage « qu’elle n’est pas impressionnée par des titres, les fonctions ou les réputations.
Elle est capable, lors d’une réception de réajuster la cravate du préfet ou d’exiger de Nicolas Sarkozy qu’il enlève ses lunettes de soleil pour la saluer »

*CARPA : Caisse des règlements pécuniaires des avocats
** CNA : Confédération Nationale des Avocats