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La connaissance dans tous ses états

La deuxième édition du TEDx La Baule a accueilli le 6 mars 14 orateurs au palais des congrès Atlantia. Qu’ils soient chercheur, chef d’entreprise, artiste ou ingénieur, tous étaient invités à s’exprimer sur la connaissance, sous toutes ses formes. Humour, pédagogie, émotion : tous les registres ont été utilisés pour susciter l’intérêt du public. Extraits.

Nelly Lambert - 13 mars 2020
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Gérard Baillard, directeur de Mercuri International Business Partners, un réseau de consultants en marketing opérationnel et efficacité commerciale

« Le problème n’est pas l’ingestion, mais la digestion »

Cet expert a conseillé et formé plusieurs dizaines de milliers de commerciaux et managers, dont plus de 5000 dirigeants d’entreprise. Durant le TEDx, il a évoqué le couple formé par le vendeur et le client, un couple « en instance de divorce », selon lui. « On se voit de moins en moins et quand les clients viennent, c’est pour parler argent » et l’infidélité y est « parfaitement assumée ». Il explique que « la tête dans le guidon, il n’avait pas vu que le monde avait changé » : le client est devenu « un animal connecté », abreuvé par une profusion d’informations qui lui a donné l’illusion de la connaissance. Un nouveau type d’individu est apparu : « l’autonomiste », dont le patient « je sais tout » face à son médecin est une illustration. Mais le pire restait à venir, avec l’apparition de l’autonomiste anonyme et polémique, « capable de déverser des torrents de haine, de détruire l’image d’un produit, d’un restaurant, d’un homme ». Pour Gérard Baillard, il est « ingérable car il a en main une arme de destruction massive : les réseaux sociaux ». Avec lui, sont apparus de nouveaux acteurs vendeurs : les blogueurs, les influenceurs. Avec ce constat que « la connivence est devenue plus importante que la compétence ».

Et puis, en 2015, victime d’un AVC, « pour la première fois de ma vie, j’ai disposé de temps pour comprendre ». Son constat ? Le cerveau est « boulimique et infobèse et que le problème n’est pas l’ingestion, mais la digestion » des informations et que ce qui est devenu fondamental, c’est l’émotion.

Pascal Roulois, formateur et chercheur en neuropédagogie

« La route n’existe pas pour un hérisson »

Intervenant sur la construction de la connaissance, Pascal Roulois fait d’emblée la distinction entre l’information qui est transmissible, et la connaissance, qui implique une construction intime et subjective. « Pour apprendre, on n’est pas neutre. On crée un filtre grâce à nos connaissances préalables qu’on a appris dans le passé et on projette un schéma mental », avance-t-il. Et mobiliser le bon schéma mental est crucial dans les apprentissages. Ainsi, à la question : « Pourquoi le hérisson ne peut-il pas traverser la route ? ». Si on répond que les hérissons traversent la route, il y en a même qui malheureusement se font écraser, on a tendance à réfléchir avec un filtre humain, alors que la réponse qui s’impose est la suivante : « la route n’existe pas pour l’espèce hérisson », il s’agit d’une construction humaine.

Stéphanie Raphaël, artiste digitale, créatrices des Miss Notes, œuvres créées au doigt dans l’application Notes de son smartphone

« Osons, expérimentons, créons ! »

D’où vient la créativité ? Pour Stéphanie Raphaël, elle prend naissance dans la curiosité et, paradoxalement, aussi dans le lâcher-prise. « Aller vers et faire venir à soi, c’est le principe de l’art-élévation », explique-t-elle. Pour l’artiste qui est aussi comédienne et consultante en communication orale, tout le monde peut créer. La preuve, elle-même est devenue artiste par hasard, en pianotant sur son smartphone et en utilisant une palette numérique réduite pour réaliser des e-portraits inédits.

Le processus créatif, elle l’explique ainsi : « D’abord vous cumulez de la connaissance. Pour une comédienne, par exemple, c’est la respiration, la voix, le volume, le débit, la gestuelle, le corps dans l’espace. Et après, vous faites preuve de curiosité : on explore, on expérimente et à un moment donné, on lâche prise. Là, le personnage vient à vous, s’incarne à travers vous. C’est l’art-évélation ». Et de résumer son propos en interpellant le public : « osons, expérimentons, créons ! »

Marion Berthaut, fondatrice et dirigeante de Mobidys, start-up nantaise qui développe une offre de livres numériques adaptés aux dyslexiques

« Combien ont mis à l’écart un CV bourré de fautes ? »

« C’est par l’écrit que l’on accède à la connaissance », rappelle Marion Berthaut. Mais que se passe-t-il quand on ne peut accéder aux livres ? Qu’apprendre à lire devient une expérience difficile parce que le cerveau dysfonctionne ? La dyslexie touche 5% de la population selon l’OMS. Un handicap d’un certain côté, mais aussi, pour la chef d’entreprise, « une source de trésors insoupçonnés, de supers pouvoirs ». 
Comparant le cerveau à une forêt, Marion Berthaut explique que les « dys » développent une capacité à sortir des sentiers battus. Agatha Christie, Léonard de Vinci, Winston Churchill ou, plus près de nous, Steeve Jobs, Elon Musk ou encore Steven Spielberg, étaient ou sont des dys. La dirigeante souligne qu’« aux États-Unis, un recruteur qui cherche quelqu’un qui a de la créativité, privilégie les dys. » Et de conclure en questionnant les recruteurs : « Combien ont mis à l’écart un CV bourré de fautes ? »

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