Entretien

Jessica BEAUGUITTE, cofondatrice et présidente de Décoll’ton Job

À une époque où le recrutement semble se dérouler principalement via les plateformes web et les réseaux sociaux, Jessica Beauguitte a eu l’idée avec Décoll’ton Job d’un dispositif qui replace les commerçants, acteurs clés de la proximité, au cœur de la bataille pour l’emploi.

Propos recueillis par Nelly LAMBERT - 6 décembre 2019
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« La question du chômage reste réelle, même sur Nantes »

Comment est née Décoll’ton Job ?

Il y a cinq ans, j’avais créé en local un relais du mouvement Bleu Blanc Zèbre qui intervenait sur l’emploi, le logement, l’éducation… Dans mon travail (directrice du pôle Économie des territoires à l’Agence d’urbanisme de la région nantaise – Auran, NDLR), je travaille sur la question économique, mais pas sur le quotidien. J’avais envie de monter un projet avec du sens, du lien social. Et la question du chômage reste réelle, même sur Nantes.

Parallèlement, avec André Rodriguez (co-fondateur de l’association, NDLR), nous avions partagé avec plusieurs acteurs de l’emploi sur le fait qu’il manquait un maillon dans la diffusion des offres d’emploi. Par ailleurs, j’avais eu une expérience en Amérique du Nord qui nous a fait penser à une solution qui fonctionne aux États-Unis et au Canada où ils affichent des annonces d’emploi. Avec le numérique, les petites annonces étaient devenues obsolètes : on les a repensées.

Quel est le principe ?

Décoll’ton Job, c’est un circuit court solidaire de la recherche d’emploi par le biais de petites annonces chez les commerçants.

Notre rôle en tant qu’association est d’identifier des commerçants qui vont afficher les annonces et adhérer à l’association pour 15 € par an et détecter des entreprises pour qu’elles fassent circuler leurs offres d’emploi par Décoll’ton Job. Notre premier levier pour prendre contact avec elles, c’est notre partenariat avec la CCI Nantes St-Nazaire. Nous rencontrons aussi les clubs d’entreprises, les élus sur le territoire et nous nous appuyons sur les réseaux sociaux.

Nous animons également une communauté de bénévoles qui peuvent consacrer une à deux heures par semaine au démarchage des commerçants ou s’assurer que les panneaux vivent, quand les commerçants ne s’engagent pas à le faire eux-mêmes. 

Quelle est la cible ?

Les bénéficiaires principaux sont les personnes qui recher­chent des postes peu qualifiés ou qui ont un profil très manuel mais qui ne cherchent pas sur internet parce qu’elles ne sont pas à l’aise avec les outils numériques. 

On ne fait pas d’accompagnement, en revanche on relaie tout ce qui se passe à côté, comme les speed-meeting, les rencontres organisées par les Maisons de l’emploi…

Et les entreprises ?

Pour diffuser leur offre d’emploi sur 30 panneaux proches du lieu de travail de l’offre pendant deux semaines, les entre­prises paient 30 €.

Certains secteurs d’activité comme les services à la personne sont convaincus qu’ils vont trouver leurs futurs talents par ce biais. Le côté solidarité, bouche-à-oreille, plaît aussi aux artisans qui ont des difficultés de recrutement. 

Nous avons également de nombreux retours positifs des commerçants, de même que des entreprises implantées en zones d’activité que souvent on ne voit pas, qu’on ne connaît pas et à qui on donne de la visibilité. 

Cela permet aussi de donner une autre image des commerçants qui ne sont pas toujours perçus sous leur meilleur angle alors qu’ils permettent de maintenir le lien social dans leur quartier. 

Quel bilan faites-vous de vos deux premières années d’action ?

Aujourd’hui, il existe 111 panneaux, dont une soixantaine sur Nantes métropole où l’on a commencé avec l’Unacod (Union nantaise du commerce de détail, NDLR). Pour identifier les commerçants partenaires, on a mis en place un sticker sur les vitrines, ainsi qu’une carte interactive sur notre site internet. 

On est aussi présents sur le secteur Estuaire-Loire et le Vigno­ble. Et, progressivement, en coordination avec d’autres associations qui se greffent sur le projet, Décoll’ton Job essaime en France, comme à Angers avec l’association Pôle In 49 positionnée dans les quartiers prioritaires ou, prochainement, en Corse.

Nous voulons consolider le réseau et partager sur les belles histoires qui naissent grâce à lui. Comme celle du Hangar à Pain qui a accueilli un des premiers panneaux et a réussi à recruter en CDI une vendeuse qui auparavant travaillait en CDD loin de chez elle. 

Notre ambition est d’avoir au moins un panneau dans chaque commune de Loire-Atlantique, donc aussi au moins un commerçant partenaire et un bénévole. Nous prévoyons aussi de créer un emploi en 2020 car on est conscient que ce n’est pas le soir et le week-end que l’on peut faire de la prospection auprès des entreprises.