Économie

Lutte contre le gaspillage – Grandes surfaces : du contenu et des contenants

Une douzaine de responsables de grandes surfaces de Loire-Atlantique ont échangé sur leurs pratiques en matière de réduction des déchets et du gaspillage alimentaire, lors d’une matinée professionnelle, le 16 octobre, à la CCI Nantes St-Nazaire.

SA - 25 octobre 2019
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L’initiative est suffisamment rare pour être saluée.
Faisant fi de leur concurrence, les responsables de la grande distribution du département ont répondu à l’appel de la CCI, de Nantes Métropole et de l’Ademe pour partager leurs expériences en matière de lutte contre le gaspillage, lors de la journée nationale dédiée à ce sujet.

Pour ce 2e rendez-vous, après une première encourageante en 2017, les directeurs de grandes et moyennes surfaces (GMS) ont acté leur dernière avancée commune : la possibilité pour les clients d’apporter leurs propres contenants pour les produits des étals frais : boucherie-charcuterie, fromagerie, traiteur et poissonnerie. « L’objectif est de ne plus utiliser de plastique et de papier, pour être le plus écologique possible »,explique
Christophe Jolivet, directeur de l’hypermarché Auchan de Saint-Herblain, qui a initié cette action en août dernier. « Depuis deux ans, on sent que la problématique plastique est devenue très importante pour les consommateurs. C’est à nous de nous adapter. Nos 350 collaborateurs sont sensibilisés et motivés. »

L’Intermarché de Saint-Nazaire s’est lancé mi-octobre : « Nous n’avons pas une vraie demande des clients pour l’instant, mais cela permet de les sensibiliser », appuie le directeur, Jean-Charles Piche. Christophe Jolivet en est convaincu : « Cette pratique aujourd’hui anecdotique va s’installer dans le paysage nantais. On ne peut pas forcer les gens, mais les orienter. Et je ne suis pas dupe : la loi nous rattrapera. »

Vide juridique sur les contenants

Si l’initiative peut paraître simple, elle soulève le double problème de la pesée et de l’hygiène. Les balances doivent en effet pouvoir adapter leur tare en fonction des récipients amenés par les clients. Et si les rayons frais sont souvent équipés de tels appareils, l’affaire devient compliquée pour les produits en libre-service et/ou pesés en caisse.

Quant à l’hygiène, le vide juridique devrait être bientôt levé avec l’adoption du projet de loi sur l’économie circulaire, qui prévoit de rendre le client responsable de la propreté de son contenant. Celui-ci pourra être refusé par le magasin s’il n’est pas refermable et apte au contact alimentaire. « Mais il est par exemple impossible d’enlever 100 grammes de salade niçoise si celle-ci a déjà été mise dans le contenant du client », relève Jean-Charles Piche. 

« On avance en parallèle du projet de loi, qui rendra les choses plus claires pour tout le monde », se félicite Fabrice Lunel, responsable de l’hypermarché Leclerc d’Atout Sud, au diapason depuis quelques semaines. « Beaucoup d’enseignes bio proposaient déjà ce service. Dans nos univers, c’est nouveau et encore marginal. Mais le sujet brûlant de l’état de la planète est en train d’essaimer dans toute la population. »

Vente en vrac et don des invendus

De son côté, la vente en vrac, initiée depuis quelques années déjà, poursuit sa montée en puissance dans l’ensemble des GMS de la région et concerne souvent une grosse centaine de produits d’épicerie sèche. Quant au retour de la consigne ou l’interdiction du plastique à usage unique, la grande distribution ne peut qu’attendre l’issue des discussions législatives en cours. Jean-Charles Piche souligne malgré tout le rôle des clients : « Une carte bancaire a plus de pouvoir qu’une carte électorale. C’est aux vfconsommateurs de bouder les produits qui ont trop d’emballages. Mais aujourd’hui, aucun magasin ne peut se permettre d’arrêter de distribuer des bouteilles d’eau en plastique. »

Dans leur chasse au gaspillage, les GMS affirment avoir déjà bien avancé via la généralisation d’espaces de promotion dédiés aux produits arrivant à date limite. « On en écoule 80% de cette façon. Le reste est trié et donné aux associations comme la Banque alimentaire, les Restos du cœur, ou Trajet », témoigne Christophe Jolivet pour Auchan Saint-Herblain. Plusieurs acteurs de la redistribution (Comerso, Phenix, Croix Rouge etc.) étaient présents le 16 octobre dans le but d’affiner ces partenariats nés – ou renforcés – avec la loi Garot de 2016 (qui impose aux commerces alimentaires de plus de 400 m2 de céder leurs invendus à une association au lieu de les détruire).

Gestion affinée des stocks

Les GMS sont de plus en plus vigilantes sur la gestion de leurs stocks, par exemple « en tenant compte de la réalité de la météo pour des produits comme les grillades ou les soupes », illustre Jean-Charles Piche. Le directeur du Super U de Legé, Bertrand Pasquier, se souvient : « En 2015, une étude de l’Ademe avait montré que nous perdions 1% de notre chiffre d’affaires en gaspillage. On s’était doté d’un outil informatique pour affiner notre assortiment : on avait diminué nos pertes de 40 000€ la première année. »

Le responsable pointe des aberrations de la loi, comme celles de ne pouvoir vendre des oranges de moins de 50 mm de diamètre sous peine de sanction, ou d’être « obligés de mettre à la benne les œufs au bout de 21 jours, alors qu’ils ont 28 jours de date ». Jean-Charles Piche ajoute : « Les industriels ont des efforts à faire pour allonger certaines dates limites de consommation. » 

Bertrand Pasquier (Super U Legé)
et Jean-Charles Piche (Intermarché Saint-Nazaire).
© Sylvain Amiotte

« Prêts à suivre les tendances »

La grande distribution génère encore à elle seule 14% du gaspillage alimentaire en France. « On avance tous à la même vitesse et on a fait une partie du travail », estime Bertrand Pasquier. « On fait déjà beaucoup de choses, mais on n’en parle pas beaucoup », appuie Christophe Jolivet. Pour l’Ademe, Claire Delalande s’en félicite, « surprise de la manière dont les grandes surfaces sont prêtes à suivre les tendances ».