Entretien

« On est un incubateur de leaders citoyens »

Acteur associatif implanté dans une centaine de pays dans le monde, la Jeune chambre économique est présente depuis plus de soixante ans à Nantes, créée à l’époque sous la houlette, notamment, de Claude Decré. Présidentes, depuis janvier, et pour un an, des Jeunes chambres économiques de Nantes et de Nantes métropole sud Loire, Magali Van Ossel Courtial et Virginie Varaigne mettent en lumière ce réseau reconnu et pourtant discret.

Propos recueillis par Nelly Lambert - 5 juin 2020
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Quelle est votre histoire avec la Jeune chambre économique ?

Magali Courtial :Pour moi, c’est une histoire de famille : mon père a lui-même été membre. J’ai souhaité d’abord rejoindre l’association à Lyon et finalement ça ne s’est pas fait. Quand je suis revenue à Nantes, il y a quatre ans, j’ai voulu faire une pause professionnellement et prendre du temps pour m’engager. J’ai rencontré le groupe de la Jeune chambre de Nantes et ça a été un vrai déclic : je me suis sentie immédiatement à ma place. À ce moment-là, ils travaillaient sur un sujet lié à la RSE et la responsabilité fiscale des entreprises. Je suis rentrée dans cette commission. C’était une façon à la fois de m’engager, de découvrir et d’être en lien avec le territoire.

Virginie Varaigne : De mon côté, j’ai découvert la Jeune chambre économique à Angers. J’étais alors à mon compte et en recherche d’emploi. J’avais besoin de développer mon réseau professionnel et j’avais envie de développer mon réseau personnel et de m’engager dans une association. J’avais envie d’agir utile et on m’a parlé de la Jeune chambre. Puis, rapidement, je suis venue sur Nantes. J’ai alors intégré la JCE Nantes métropole Sud Loire à travers le groupe de travail qui s’appelait « Fleurissons l’Arbre aux Hérons ». J’ai travaillé sur ce projet pendant trois ans, avec d’abord pour objectif de le sortir du placard. Pour nous l’Arbre aux Hérons constitue un grand bénéfice pour l’attractivité du territoire, mais il a un coût important : il fallait trouver des solutions de financement, ce que nous avons fait en proposant un financement public et privé.

Vous êtes chacune présidente d’une JCE sur la métropole nantaise. Pourquoi deux sur le même territoire ?

MC : C’est une spécificité du territoire nantais. La plupart du temps, on trouve une JCE par ville. Il y a derrière un historique, des histoires de personnes. Virginie et moi pourrions être les actrices de la réunion de nos deux Jeunes chambres, mais ça n’est pas d’actualité.

VV : La Jeune chambre économique Nantes sud Loire s’appelait avant la JCE Rezé. Elle a été créée il y a vingt-cinq ans par un groupe de la JCE de Nantes qui avait le souhait d’orienter ses actions au sud de la ville, le pont de Cheviré étant sur le point d’être terminé. Aujourd’hui, on se rend compte qu’il y a de quoi faire pour les deux associations : la métropole est grande… On travaille en bonne entente, on fait en sorte d’avoir des synergies, mais la réunification n’est effectivement pas à l’ordre du jour, même si, de temps en temps c’est vrai que c’est un peu confus pour les acteurs extérieurs…

Quel est le rôle d’une Jeune chambre économique ?

MC : Nous sommes une association généraliste qui a vocation à travailler sur toutes les thématiques liées à l’intérêt général, sur des sujets tant environnemental, social, sociétal, qu’économique. Le terme « économique » rattaché à la Jeune chambre est un peu troublant car souvent on nous associe à la CCI, alors qu’on est une association loi 1901 et qu’on est rattaché à un mouvement international qui s’appelle JCI, pour International Junior Chamber. Il a été créé après la Seconde Guerre mondiale pour que les jeunes participent à la reconstruction, aient un rôle à jouer dans cet après, ce qui fait résonance bien sûr aujourd’hui avec la situation liée au Covid. 

Il y a de belles histoires, l’envie d’être un peu poil à gratter, laboratoire d’idées. Les membres d’une Jeune chambre ont entre 18 et 40 ans. Ce qui fait sa force, c’est toute cette intelligence collective nourrie aussi bien par des jeunes de 20 ans que des personnes de 35 ans. 

Quel est votre fonctionnement ?

MC : À Nantes on est une vingtaine de membres et à la Jeune chambre de Nantes métropole sud Loire, ils sont 25. C’est un bon nombre car ça laisse de la place pour tout le monde et quand on est en commission de travail, tout le monde repart avec quelque chose à faire. La vraie vie de la Jeune chambre, ce sont en effet ses commissions. Le bureau, lui, a simplement le rôle de donner un rythme. Avant de devenir des commissions, on forme des groupes de travail. 

VV : Dans ces groupes de travail, on passe systématiquement par une phase d’enquête pour bien comprendre les différents enjeux, connaître les acteurs concernés, ce qui se fait ailleurs… car l’objectif est d’apporter une réponse appropriée et nouvelle.

MC : On a une méthodologie Jeune chambre, on fonctionne en mode projet. Au bout de cette phase d’enquête, on fait émerger une problématique et on rentre en commission, on définit des actions, on les met en place et, derrière, on les transmet à d’autres acteurs. L’association Un parrain, un emploi, par exemple, est initialement une idée de la JCE.

VV : Notre objectif est de trouver des acteurs qui réitèrent l’action, si possible pour la développer, voire l’essaimer.

Pendant le confinement, l’une de vos actions, Solidarissime, a été plutôt bien médiatisée. Quel en était le principe ?

VV : On a souhaité agir à notre niveau face à la crise du Covid et nous avons été particulièrement touchés par les difficultés rencontrées par nos commerces. Solidarissime a été pensée par la Jeune chambre de Salon-de-Provence et reprise par la JCE Nantes métropole sud Loire. L’idée de Solidarissime, c’était de donner une visibilité supplémentaire aux commerçants de proximité ouverts pendant le confinement, en créant une carte. C’était aussi l’occasion de fluidifier l’information par rapport aux consommateurs, tout en évitant de multiplier les déplacements ; la carte permettant d’indiquer si les commerces avaient un service de livraison, de drive, ainsi que leurs horaires.

Très rapidement, on a collaboré avec Nantes métropole et avec la CCI qui ont tout de suite soutenu l’initiative. En trois jours, on a pu la mettre en œuvre, en valorisant plus de 800 commerces sur les 24 communes de la métropole, plus 16 autour. Ce n’était pas exhaustif, mais cela donnait une bonne vision. On a dépassé les 100 000 vues de la carte sur notre site internet, avec des retours assez positifs pour les commerces mis en avant.

Avec Solidarissime, on est allés vite, mais on travaille souvent sur un temps plus long.

Quelles autres actions mettez-vous en œuvre en ce moment ?

MC : Aujourd’hui, à Nantes, on a deux groupes de travail et deux commissions, sachant qu’une commission dure entre un an et 18 mois en général. Les groupes de travail réfléchissent sur le retour à l’emploi et la sobriété numérique. Pour les commissions, la première, « Booster for good », est portée par le national, avec la volonté de faire travailler les acteurs du territoire pour allier développement économique et développement durable. On s’est rendu compte que les commerçants de Nantes sont très avancés sur cette question et que ça pouvait être un élément marketing à travailler avec eux pour montrer aux Nantais qu’ils sont engagés et qu’il faut favoriser les circuits courts, au-delà de tout ce que nous a appris cette crise.

Quant à l’autre commission, on travaille avec l’association Plein Centre sur la manière de faire revenir les consommateurs dans le centre-ville et de faire repartir les commerçants indépendants. L’une des pistes sur lesquelles nous travaillons, c’est de mieux associer les commerçants à la dimension artistique portée par le Voyage à Nantes…

J’ai été étonnée en arrivant sur le territoire de l’accueil des acteurs locaux pour la Jeune chambre et je pense que ça vient de la qualité des actions menées sur le territoire. Cette reconnaissance, c’est notre plus grande fierté. Quand on met en place une action, il faut qu’elle profite autant au territoire, à la Jeune chambre économique française qu’aux membres pour leur développement personnel.

Qu’est-ce que l’association apporte à ses membres ? Et à vous en particulier ?

MC : Le premier apport est justement celui du développement personnel, de la montée en compétences qu’on peut exploiter ensuite dans sa vie professionnelle. Quand on n’a pas la chance de travailler dans une entreprise qui propose des formations, ça permet d’aller sur des thématiques comme la prise de parole en public, par exemple. On se forme pour l’action et par l’action, en se mettant en mode projet : on expérimente, on se challenge. 

La Jeune chambre permet aussi de découvrir les acteurs du territoire et d’ouvrir les champs du possible. J’ai fait la connaissance de personnes que je n’aurais jamais rencontré sinon, tant dans ma vie personnelle que professionnelle. Ça permet de sortir de sa zone de confort, de ses cercles sociaux ou amicaux habituels.

Et puis c’est aussi beaucoup de fun ! Il y a une fraternité au niveau local, régional, national, voire international !

VV : On est un incubateur de leaders citoyens, des acteurs du monde de demain, que l’on souhaite plus durable, plus solidaire. Pour moi, la valeur première de l’association, c’est d’agir utile.

On peut aussi changer de projets régulièrement, tous ayant un impact positif. La Jeune chambre, ce sont aussi des valeurs de solidarité, d’entraide entre les membres, de partage de savoir, de compétences. C’est également une école de prise de responsabilités. Ça nous permet de tester des choses, et aussi d’apprendre de nos échecs, mais toujours dans la bienveillance, ce qui serait plus difficile dans la vie professionnelle où les erreurs sont plus coûteuses.

Comment peut-on rejoindre vos associations ?

MC : On organise deux fois par an une soirée Développement, en février et en septembre, en proposant de venir découvrir la Jeune chambre. C’est une rencontre entre les membres et ceux qui seraient intéressés pour nous rejoindre et nous apporter leurs idées.

Pour devenir membre, il faut suivre un process : on se forme à la méthodologie Jeune chambre et on doit montrer qu’on a été actif dans un groupe de travail. Ça peut prendre un, deux, trois mois. Puis, on organise une cérémonie d’intronisation. On y accorde de l’importance car ensuite on reste membre à vie !