Économie

Pays de la Loire : quelle place demain ?

Le Medef Pays de la Loire a répondu à l’appel du Conseil régional en vue de co-construire une projection du territoire ligérien à 30 ans. Le syndicat patronal a remis sa réflexion, assortie de propositions concrètes.

NL - 2 octobre 2019
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C’est sur les bords de l’Erdre que le Medef Pays de la Loire a présenté, le 20 septembre, la contribution des entrepreneurs ligériens à la concertation « Ma région 2050 » lancée en fin d’année dernière par le Conseil régional auprès des acteurs du territoire. Avec un objectif : l’élaboration d’un nouveau schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires.

Vincent Charpin et Frédérique Barteau, respectivement président et déléguée générale de l’instance régionale du syndicat patronal ont ainsi présenté le travail mené avec les 6 Medef territoriaux et 13 branches professionnelles durant 8 mois. « Après l’échec collectif de Notre-Dame-des-Landes et à l’heure où nous vivons une concurrence importante entre les régions, il nous appartient de faire en sorte que le fameux contrat d’avenir soit une réalité », estime Vincent Charpin pour expliquer les motivations des entrepreneurs ligériens dans cette contribution.

Cette dernière est le fruit d’une cinquantaine d’auditions. Elles ont abouti à « des compromis, sans pour autant que l’on y perde notre âme », estime Vincent Charpin. Intitulée « Pays de la Loire, une région-rive », elle a été remise à Antoine Chéreau, 1er vice-président du Conseil régional en charge d’orchestrer les différentes contributions. Le syndicat patronal espère que l’institution y trouvera matière à inspiration.

Le Medef Pays de la Loire a présenté, le 20 septembre, sur les bords de l’Erdre, la contribution des entrepreneurs ligériens à la concertation « Ma région 2050 » 
© Medef Pays de la Loire

Une identité ligérienne à affirmer

« La commande était la suivante : qu’est-ce qui fait la particularité de ce territoire, autour de laquelle nous pourrions bâtir quelque chose ?», rappelle le fondateur du groupe BePublic. Sachant que la région n’a pas la chance d’être dotée d’une identité forte, a contrario de sa voisine… « La culture bretonne est très prégnante, folklorique même. La culture ligérienne existe aussi, mais c’est vrai qu’elle ne saute pas aux yeux, convient Vincent Charpin, qui ajoute : sa richesse est autre : elle est le fruit d’une collectivité. C’est une culture d’ouverture. »
Que le Medef régional estime construite autour de valeurs, telles que le goût du travail et de l’innovation ou encore l’attachement aux solidarités. Les contributeurs de ce document ont ainsi la volonté de partager leur vision du territoire et leur ambition : « faire des Pays de la Loire une ‘‘région-rive’’, qui rapproche, qui relie et qui rassemble »

L’exercice contributif du Medef pourrait sembler de prime abord plutôt confortable dans une région qui affiche une santé économique enviée (lire l’encadré). Mais, pour le syndicat patronal, il n’est pas question de s’endormir sur ses lauriers. Conscients des enjeux démographiques, numériques, écologiques, d’équilibre entre les territoires… qui guettent les Pays de la Loire, les patrons ligériens soulignent par ailleurs que « cette belle croissance régionale ne doit pas masquer de forts contrastes et des fragilités structurelles. » 

De fait, la dynamique économique bénéficie surtout à l’ouest de la région. Ainsi, si entre 1995 et 2015, 300 000 emplois ont été créés en Pays de la Loire, ceux-ci se situent très majoritairement en Loire-Atlantique et en Vendée, comme le souligne l’économiste Laurent Davezies. 

Une vingtaine de propositions

La contribution des entrepreneurs ligériens ne se limite pas à une analyse. Y sont également formulées une vingtaine de propositions. Certaines sont sans grande surprise, comme l’appel à « muscler d’urgence les infrastructures portuaires et aéroportuaires (…) pour éviter son décrochage ». Mais d’autres se veulent « novatrices, comme la promotion des villes moyennes, le droit à l’expérimentation, l’apprentissage. Nous voudrions d’ailleurs que le contrat d’apprentissage soit le premier contrat de travail pour tous les jeunes ligériens, même les cadres », détaille Vincent Charpin.

Concernant le droit à l’expérimentation, les chefs d’entreprise souhaiteraient qu’il soit systématisé en matière de développement économique, en s’appuyant sur des initiatives privées ou privées-publiques. « Nous sommes promoteurs d’une décentralisation plus forte. Concrètement, nous voudrions pouvoir discuter avec le Conseil régional de sujets qui sont ceux de l’Etat aujourd’hui, comme le coût du travail, l’apprentissage, l’idée d’un Smic régional », évoque Vincent Charpin.

La balle est désormais dans le camp du Conseil régional.

Nelly LAMBERT

Performance économique : la réussite ligérienne

Laurent Davezies, économiste, professeur au Cnam et auteur notamment de
« La République et ses territoires », était l’invité de la matinale du Medef Pays de la Loire. « On est à un moment assez crucial, un virage », a rappelé l’économiste en préambule. Dans les décennies précédentes, l’essentiel de la dynamique des territoires a été portée par le secteur public et la consommation des ménages, avec une concentration de la production au profit de certaines régions : Ile-de-France, Pays de la Loire, Midi-Pyrénées », égrène-t-il. Ce sont ces trois régions qui ont le plus augmenté leur contribution relative à la croissance du pays.

Zoomant sur la question de l’emploi, l’économiste est revenu sur la crise de 2008 : « tout s’est arrêté jusqu’en 2016. Pour autant, si l’on décompose, on s’aperçoit qu’un certain nombre de secteurs ont continué de créer de l’emploi et, depuis 2016, on constate de nouveau une progression. »
Durant la dernière décennie, c’est dans les plus grandes aires urbaines que l’emploi salarié privé a le plus progressé. À elles seules, celles de Paris, Lyon, Toulouse, Bordeaux et Nantes affichent une création nette d’emplois plus importante que le total national, a observé Laurent Davezies. Parmi les 50 premières aires urbaines, 8 se trouvent en Pays de la Loire, dont 3 en Loire-Atlantique : Nantes, Ancenis et Saint-Nazaire.
Autre donnée qui interpelle : parmi les départements ayant la plus forte dynamique de création nette d’emplois entre 2007 et 2017, la Loire-Atlantique se situe en 4e position, devant Paris (en 9e position), mais aussi la Vendée (17e). « Entre le potentiel d’innovation technologique de Nantes et le génie de production des Vendéens », la région a toutes les cartes en main pour rester compétitive et attractive, a conclu l’économiste.