Entretien

Pierre-Yves Loaëc : “On ne croit pas à la décroissance !”

Fondateur et dirigeant de Nobilito, une agence de communication nantaise, Pierre-Yves Loaëc est également président du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) Nantes Atlantique depuis un peu plus d’un an. Témoignage d’un « piquousé à vie » du réseau.

Propos recueillis par Nelly Lambert - 12 novembre 2019
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Quelle est votre histoire personnelle avec le CJD ?

Un matin, alors que j’avais créé Nobilito depuis six ans, je rencontre dans le TGV Yann Trichard, alors président du CJD Nantes Atlantique. Il me dit que ce serait bien que je postule. J’étais alors en fin de parcours au Réseau Entre- prendre, j’avais goûté à l’intérêt de me former au métier de dirigeant et le CJD me promettait d’approfondir mes compétences. J’y suis rentré en 2013. J’avais alors 7 ou 8 collaborateurs et ressentais à la fois le besoin et l’envie d’accélérer le dévelop- pement de Nobilito.

Qu’avez-vous trouvé dans ce réseau ?

D’abord et avant tout l’amitié. C’est dû au fait que l’on partage avec les autres les mêmes questionnements et les mêmes emmerdes !
J’ai aussi continué à apprendre mon métier de dirigeant. Je me suis notamment beaucoup formé au management et à la gestion financière au départ. J’y ai aussi trouvé deux autres choses. D’abord, j’ai compris que pour être performant, il fallait se connaître et être bien dans sa peau. Or le CJD est l’un des réseaux les plus avancés en matière de développement personnel. Ensuite, ça m’a donné l’envie de m’engager pour autre chose que ma boîte. On apprend à s’engager dans la vie de la cité, on découvre l’envie de mouiller le maillot au travers d’actions sociétales et, désormais aussi, environnementales.

Avec Arnaud Bailly de Vu Par, un confrère et un ancien JD, nous avons par exemple monté cet été un groupe de travail avec une dizaine de JD et le soutien de l’agence TooValu pour travailler notre bilan carbone, sachant que nous n’avions pas les moyens d’un grand groupe évidemment. Alors qu’on est concurrents, on s’est retrouvé à partager certains chiffres : si nous n’avions pas été JD, nous ne l’aurions pas fait !

Quel impact votre implication au CJD a-t-elle eu sur votre façon de diriger ?
Ça m’a obligé, et encore plus depuis que je suis élu, à m’en- tourer de collaborateurs meilleurs que moi pour ne plus me placer comme faiseur mais comme animateur. Et ça, ça n’a pas été de soi. Au départ, je ne me voyais pas prendre cette pos- ture. Je me demandais même en voyant d’autres dirigeants : « Mais qu’est-ce qu’ils font de leurs journées ? »
Il m’a fallu du temps pour apprendre à travailler différemment et développer une vision plus englobante de ma boîte. Aujourd’hui, on est 22 chez Nobilito et je suis beaucoup moins faiseur. Ce qui me donne de la latitude pour travailler notre positionnement stratégique, être plus séduisant que nos concurrents… mais aussi être un manager un peu moins « con » que la moyenne et apprendre à être responsable vis-à-vis de mon impact social, sociétal et environnemental. C’est d’ailleurs l’essence même du CJD dont la baseline est : « l’économie au service de l’homme ».

Le CJD se définit comme un laboratoire. Comment faire la part entre les effets de mode et les tendances de fond ?
Comme on est des pragmatiques, on apprend en faisant. Parfois on se plante, c’est vrai, mais si ça marche, on n’a alors qu’une envie : le dire aux autres.

Par exemple, chez Nobilito, on n’est pas une entreprise libérée, mais sur la base du volontariat, on a mis en place il y a trois ans des commissions sur le lean management (*), la communication, le marketing, la qualité… 100% des collabo- rateurs sont aujourd’hui engagés. Ils vivent l’entreprise et ça développe leur implication. Une fois que j’ai compris que ça marchait, j’en ai parlé autour de moi !

Le CJD fait clairement partie des influenceurs du territoire…
Il y a 125 JD aujourd’hui et ça fait 76 ans que le CJD existe à Nantes… Soit environ 3000 à 4000 anciens. On ne peut pas nier que la communauté des anciens fonctionne bien. On dit d’ailleurs : « JD un jour, JD toujours » et on se reconnaît entre nous.
Oui, on essaie d’être influent sur des sujets de progrès mana- gérial, sur les impacts environnementaux. Nous avons à cœur que les valeurs fortes du CJD fassent tache d’huile. C’est pour cela que l’on prend des responsabilités, des mandats.
C’est possible parce que le point commun de nos entreprises, c’est qu’elles sont saines financièrement. Ça n’a pas de sens de vouloir faire tache d’huile si demain on est mort ! C’est pour cela qu’on ne croit pas à la décroissance, mais à une croissance responsable. On a besoin de l’économie pour créer de l’emploi, ce dernier étant le plus formidable facteur d’inclusion. Il faut des entreprises qui se développent, soient engagées sur leur territoire et soient de plus en plus inclusives et respectueuses de l’environnement.

(*) Système d’organisation visant l’optimisation via l’amélioration de la performance des processus