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Reprise : “Un prêt d’honneur est indispensable”

Association de soutien à l’entrepreneuriat, l’Adie a développé un prêt d’honneur pour soutenir les entrepreneurs en cours de lancement de leur activité et qui ne rentrent pas dans les dispositifs d’aides du gouvernement. L’association cherche 750 000 €.

Julie Cateau - 29 mai 2020
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Les entrepreneurs suivis par l’Adie sont principalement des indépendants, auparavant au chômage, et qui ne peuvent accéder à un prêt bancaire. La majorité ont démarré en 2018. Leurs activités sont donc frappées de plein fouet par la crise alors qu’elles se situent en phase de consolidation, avec des trésoreries encore fragiles. 

Dans une enquête nationale réalisée du 7 au 14 avril, l’Adie révèle que 76% des 1 650 entrepreneurs répondants ont arrêté leur activité avec le confinement. « Il n’y a pas de parti­cularisme régional, tout le territoire est touché de la même manière », insiste Fabienne Kerzerho, directrice de l’Adie grand Ouest. 44% ont déclaré par ailleurs ne pas avoir de revenus complémentaires (allocation chômage, revenus d’une autre activité…). 50% ont également indiqué avoir réussi à reporter leurs charges d’électricité et de loyer. « La majorité de ces entrepreneurs a des baux privés. Nous les avons outillés en argumentaires pour plaider leur cause auprès des bailleurs, explique Fabienne Kerzerho. Car le loyer est leur charge fixe principale. » À noter qu’au moment de l’enquête, la date de déconfinement du 11 mai était encore inconnue. Les entrepreneurs interrogés étaient alors dans l’incapacité de se projeter sur une possible reprise.

DES ENTREPRENEURS NON ÉLIGIBLES

Ils ont eu recours aux dispositifs mis en place par le département de Loire-Atlantique pour les personnes avec peu de ressources (500 €), aux aides de l’Agefi, de l’Urssaf. « L’aide la plus efficace a été le Fonds de solidarité nationale (FSN), estime la directrice de l’Adie grand Ouest. En 48 h, les gens avaient de l’argent sur leur compte. » Mais Nicolas Noblet, conseiller Adie à l’agence de Nantes rapporte des diffi­cultés pour accéder aux bonnes informations. « Certains étaient perdus dans les démarches à suivre pour y accéder. Nous les avons orientés vers les bons documents, alertés sur les dates à respecter pour être à jour… »

Par ailleurs, l’Adie estime que le fonds territorial Résilience est une bonne mesure, mais regrette qu’une des conditions pour y accéder est de ne pas être éligible au FSN. « Cela ne répond pas à toutes les situations. Des dispositifs aident à dépasser l’urgence et d’autres aident à la relance », analyse Fabienne Kerzerho. Ceux qui ont démarré en 2019 n’étaient pas tous éligibles car ils n’avaient pas encore de chiffre d’affaires. Certains entrepreneurs étaient plus autonomes avec des allocations chômage notamment.

Reste que, pour poursuivre leur élan entrepreneurial, ces micro-entrepreneurs ont besoin d’un prêt spécial, estime l’Adie. L’association a donc lancé un prêt d’honneur afin de soutenir leur activité. Le montant alloué peut aller jusqu’à 10 000 €. « On doit pouvoir leur apporter une réponse rapidement. Ce prêt d’honneur, c’est quasiment des fonds propres pour injecter de la trésorerie sinon ils vont s’écrouler. Ils ont déjà des dettes et des prêts à gérer. D’autant que leur chiffre d’affaires va forcément prendre du temps à remonter », estime Fabienne Kerzerho. 

750 000  € À TROUVER

L’enjeu aujourd’hui réside dans une meilleure dotation du fonds. L’Adie estime à 500 le nombre d’entrepreneurs qui en auraient besoin en Pays de la Loire. « Mais nous ne sommes pas complètement dimensionnés pour y répondre », ajoute Fabienne Kerzerho. Des discussions sont en cours avec la Région, des EPCI, des banques telles le Crédit Mutuel ou la Banque Populaire.  Il leur faudrait autour d’1,5 M€ pour répondre à la demande. L’Adie dispose aujourd’hui de la moitié. « C’est une course contre la montre. Les entrepreneurs sont en questionnement, ils sont sur un fil et se demandent s’ils vont continuer. Les gens se sont adaptés, en particulier la restauration qui a basculé sur de la vente à emporter… Mais aussi les coachs sportifs qui vont continuer leur offre à distance même s’ils reprennent en présentiel. Il y a des opportunités de prestations mais s’ils n’ont pas de trésorerie il sera bientôt trop tard », analyse Fabienne Kerzerho.

SOUTENIR L’ÉCONOMIE DE PROXIMITÉ

Certains ont déjà décidé d’arrêter. L’Adie les accompagne dans les procédures de liquidation. « Ils arrêtent soit à cause de la perte d’activité, soit parce qu’ils sont découragés avec un fort sentiment de solitude… Nous aurons plus de visibilité dans les prochaines semaines. Nous les aidons dans la mesure de ce qui est raisonnable, en fonction aussi de leur situation budgétaire, nous n’encourageons pas d’endettement inutile. » Et de conclure : « Il est très important que ce fonds pour le prêt d’honneur soit doté pour l’économie de proximité. Ce sont nos kebabs, plombiers, VTC pour la navette aéroport centre-ville… Toute une économie essentielle pour le territoire. Ils sont là pour compléter les trous dans la raquette. »


L’Adie en chiffres

L’Adie accompagne 600 entrepreneurs par an en Pays de la Loire.
1 000 personnes ont été suivies pendant ces deux mois, entre 350 et 400 en Loire-Atlantique, avec des appels téléphoniques réguliers et des webconférences.