Entretien

La librairie Coiffard, une institution nantaise

Voilà un siècle, en 1919, un pâtissier du nom d’Achille Coiffard ouvrait sa boutique de livres rue de la Fosse, à Nantes.

VG - 20 septembre 2019
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Rémy Ehlinger, patron de la librairie Coiffard.
© InfoJud.

On vous appelle toujours « monsieur Coiffard » ?

Cela arrive encore. On l’a fait à mes prédécesseurs. Mais au bout de cent ans, les gens se sont bien sûr rendu compte que ce n’est plus Achille Coiffard qui est là. Il n’y a eu que quatre patrons : le fondateur, son beau-fils, André Blanchard, Marc Guillon et moi. Je suis venu d’Alsace pour racheter la librairie à l’été 2010. Cela faisait sept ans qu’un repreneur était recherché. J’ai repris le 1er avril 2012 après une période de passage de relais avec Marc Guillon. On avait un ami libraire en commun qui nous a mis en relation. Sincèrement, je n’y avais pas réfléchi avant !

Vous êtes à la tête d’une véritable « institution ». Comment voyez-vous son évolution ?

Nous sommes 21 et on s’est un peu étoffé depuis le rachat. Nous avons développé le « Tome 2 » de l’autre côté de la rue. Il fonctionne très bien avec le livre de poche, la BD et la jeunesse. Il fallait un peu plus de monde pour garder la même qualité de service. On peut faire avec moins, c’est un choix, mais la librairie Coiffard a toujours été une librairie où il y a du conseil. Il est essentiel que cela continue. 

Nous sommes dynamiques et très présents sur les événements extérieurs. Nous essayons de faire rayonner la librairie au maximum. Les librairies doivent sortir de leurs murs. On ne peut pas attendre les gens. Les difficultés d’accès au centre-ville, le climat social, Amazon, sont des réalités. Donc il faut se démarquer, apporter du service en plus. Une librairie est un lieu de vie et d’échanges. Il faut que les clients soient heureux de venir et qu’on leur apporte quelque chose pour qu’ils apprécient ce moment passé avec nous. En fêtant nos cent ans nous voulons montrer tout ce qu’est capable de faire un libraire. Et ce n’est pas parce que l’on a cent ans que l’on est vieux. Nous avons plein d’idées pour la suite. Le risque d’une librairie est de devenir vieillotte et hors du temps. On peut avoir ce cachet intemporel tout en étant de plain-pied dans la réalité d’aujourd’hui.

Cette réalité, c’est aussi le numérique. Est-ce que vous vendez sur Internet ?

Nous avons un site mutualisé avec un réseau de librairies indépendants : Leslibraires.fr. Mais nous vendons très peu car Amazon a 90% du marché. Notre site est une vitrine. Il permet de communiquer sur nos animations, nos sélections, nos coups de cœur, des critiques. Cela permet de générer du lien avec les gens et aussi de réserver un livre. Je préférais quand ils nous téléphonaient… Mais, pour les libraires, la bataille de la vente sur internet est finie : Amazon l’a remportée depuis longtemps !

V.G.